Juillet 2026 : sécheresse et canicules sur le bassin, à des niveaux inédits dans le nord
Sommaire
Deux épisodes caniculaires ont de nouveau touché le bassin au mois de juillet 2026, aggravant la sécheresse des sols, qui atteint des records bas au 1er août. Le bilan pluviométrique est déficitaire de 50 % sur le nord du bassin et de plus de 75 % sur le Languedoc-Roussillon. Le déficit est moins marqué sur les reliefs alpins. Des orages ont apporté des cumuls importants en fin de mois sur la basse vallée du Rhône.
Les taux de remplissage au 1er août 2026 des retenues de soutien d'étiage et multi-usages de Chassezac en Ardèche, du Languedoc-Roussillon et des Alpes du Sud sont supérieurs à ceux des 4 dernières années. La situation est moins favorable pour les retenues de Bourgogne-Franche-Comté et des Alpes du Nord.
La majorité des cours d'eau de Bourgogne-Franche-Comté ainsi que les affluents du Rhône, du lac Léman au sud de l'Ardèche, sont en situation d'étiage sévère. Les débits moyens mensuels de la Saône et du fleuve Rhône sont parmi les plus faibles jamais observés pour un mois de juillet depuis 1920. Sur la moitié sud du bassin, la situation est plus contrastée, avec des débits globalement inférieurs aux normales à l'exception de quelques cours d'eau du Languedoc et de Provence qui ont pu bénéficier de précipitations orageuses.
Au 1er août 2026, la vidange s'accentue sur les nappes du nord du bassin mais la situation reste hétérogène, avec des niveaux modérément hauts à bas. La baisse est plus modérée sur les nappes du sud du bassin, avec des niveaux globalement proches des normales à modérément hauts.
1. Point météorologique : précipitations, humidité des sols, températures
Pluviométrie mensuelle
À l'échelle de la France et du mois, la pluviométrie a été déficitaire de 67 %. Juillet 2026 se classe ainsi au 3e rang des mois de juillet les plus secs sur la période 1959-2026, derrière juillet 2022 (-84 %) et juillet 2020 (-73 %).
Pour juillet 2026, le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin est de 38 mm, soit à peine 50% de la normale, ce qui le place au 7ème rang des cumuls les plus faibles depuis 1959. Les cumuls de précipitations atteignent des records bas entre l'est de la Saône-et-Loire et le Doubs, ainsi que sur le piémont vosgien et le Territoire-de-Belfort, avec un déficit de 80 % à 90 %. Les cumuls sont déficitaires de 10 à 30 % sur les massifs alpins et de 25 à 50 % sur l'axe Saône-Rhône. L'excédent atteint très localement 25 à 50 % sur les zones du bassin d'Aubenas et des contreforts du Vercors drômois ayant bénéficié de quelques précipitations orageuses.
La situation est plus hétérogène sur le sud du bassin, avec une absence quasi-totale de précipitations sur l'intérieur du Var, la Côte d'Azur, l'arrière-pays languedocien et le Roussillon. Les précipitations sont déficitaires de 10 à 30 % sur le reste des Alpes-Maritimes, les Hautes-Alpes, le centre du Gard et le littoral de l'Hérault. Elles sont excédentaires de 20 à 50 % sur les Alpes-de-Haute-Provence. En fin de mois, une dégradation orageuse a touché la Provence, le delta du Rhône et le littoral du nord de l'Hérault à l'ouest du Var, avec de forts cumuls de pluie en très peu de temps et de nombreuses chutes de grêle : 57 mm à Apt dans le Vaucluse, 55 mm à Aigues-Mortes dans le Gard et 50 mm à Cassis dans les Bouches-du-Rhône. Le cumul mensuel est excédentaire de 50 à plus de 200 % localement sur le sud du Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, le littoral entre Marseille et Hyères, ainsi que sur la Petite Camargue dans le Gard.
Pluviométrie depuis septembre 2025
Depuis le 1er septembre 2025, le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin est de 1028 mm, soit 95 % de la normale 1991-2020. Les cumuls sont proches des normales sur la région Rhône-Alpes, avec un léger excédent de 10 à 20 % sur le Bugey et le sud de la Drôme. Ils sont légèrement déficitaires sur la Bourgogne-Franche-Comté.
Depuis le début de l'année hydrologique 2025-2026, les précipitations sont déficitaires de 10 à 25 % sur les Alpes-Maritimes, le nord-est du Var et des Alpes-de-Haute-Provence ainsi que sur l'est des Hautes-Alpes. Elles sont en revanche excédentaires de 25 à 50 % sur l'est des Pyrénées-Orientales, l'est de l'Hérault, le sud du Gard ainsi que localement sur l'ouest du Var. Les cumuls sont proches des normales à légèrement excédentaires sur le reste du sud du bassin.
Précipitations efficaces
Les précipitations efficaces correspondent à un bilan hydrique entre les précipitations et l'évapo-transpiration réelle (et peuvent donc être négatives). C'est la part de précipitations disponible pour l'humidification du sol et le ruissellement.
Le cumul de pluies efficaces agrégées sur le nord du bassin pour le mois de juillet 2026 est de -30 mm, pour une normale de -9 mm, ce qui le place au 24ème rang des cumuls les plus faibles depuis 1959. Sur les Alpes du Nord et le massif du Jura, les pluies efficaces affichent un déficit de 75 %, voire ponctuellement 90 %. Depuis le mois de septembre 2025, le cumul des pluies efficaces agrégées sur le nord du bassin est de 501 mm, soit un déficit de 15 % par rapport à la normale. Très localement, les cumuls sont excédentaires de 10 à 25 % sur le Bugey et le sud de la Drôme-Ardèche.
Les cumuls de précipitations efficaces du mois de juillet 2026 sont négatifs sur le sud du bassin, avec un déficit marqué sur le nord-ouest du Gard et les massifs frontaliers des Alpes-Maritimes. Depuis le début de l'année hydrologique 2025-2026, les précipitations efficaces sont globalement déficitaires sur les Alpes du Sud et le nord du Var. Elles sont excédentaires sur le grand delta du Rhône et le sud-ouest du Var, et très excédentaires sur le Languedoc-Roussillon.
Humidité des sols
À l'échelle de la France, au 1er août 2026, les sols sont encore plus secs qu'en 2022 ou 2025 à la même période. La sécheresse des sols est équivalente à celle de mi-août 2022, qui est la plus importante jamais enregistrée sur le pays. À l'échelle du bassin Rhône-Méditerranée, la situation est plus contrastée.
Entre le 1ᵉʳ juillet et le 1ᵉʳ août 2026, le déficit de précipitations, les vagues de chaleur successives et l'ensoleillement excédentaire ont fortement aggravé la sécheresse des sols sur la moitié nord du bassin, avec des records bas atteint dès la mi-juillet en Franche-Comté. Au 1er août 2026, les sols sont très secs sur le nord du bassin et extrêmement secs sur le Roussillon, l'arrière-pays languedocien et le Var. Les précipitations de milieu et fin de mois ont permis d'atténuer la sécheresse des sols localement sur la basse vallée du Rhône et les Alpes du Sud.
Températures
Avec une température moyenne de 24,9 °C, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, devant août 2003 (24,8 °C) et juillet 2006 (24,4 °C).
La canicule précoce, durable et très intense qui a touché le bassin sur la 2eme moitié du mois de juin 2026 a été immédiatement suivie par une 2eme vague de chaleur du 4 au 19 juillet. Après un court répit, un 3eme épisode caniculaire a débuté le 28 juillet.
De nombreux records mensuels de températures maximales ont été battus sur le Territoire de Belfort, le Doubs, les Alpes, la basse vallée du Rhône et les départements littoraux. Le 8 juillet 2026, la température a pour la première fois dépassé 40 °C à Marignane dans les Bouches-du-Rhône, tous mois confondus. La nuit du 8 au 9 juillet, la température minimale a atteint 30,6 °C à Vivès dans les Pyrénées-Orientales, valeur nocturne la plus élevée jamais observée sur l'Hexagone.
2. Situation des milieux aquatiques et de leurs habitats
La troisième campagne de l'Observatoire national des étiages (ONDE) à l'échelle du bassin pour l'année 2026 a été réalisée du 21 au 28 juillet par les agents de l'Office français de la biodiversité (OFB). Elle s'est déroulée lors de perturbations orageuses sur la moitié sud du bassin.
37 % des stations sont en écoulement acceptable (266 stations), 26 % en écoulement faible (190 stations), 8 % en écoulement non visible (55 stations) et 29 % en assec (203 stations), réparties sur l'ensemble du bassin.
Pour mémoire, 19 % des stations du bassin étaient en rupture d'écoulement ou en assec en juillet 2025, 14 % en juillet 2024, 33 % en juillet 2023 et 55 % en juillet 2022.
3. Situation des retenues d'eau
En Franche-Comté, le taux de remplissage de la retenue de Vouglans au 1er août 2026 est en baisse et proche de 70 %, une situation moins favorable que les 4 années précédentes.
Le taux de remplissage global des retenues des Alpes du Nord est stable par rapport au 1er juillet, mais reste inférieur à celui des 4 dernières années. Dans les Alpes du Sud, le taux de remplissage global est en légère baisse, mais reste nettement supérieur à celui du 1er août 2022, année particulièrement sèche.
Pour les retenues de Montpezat, la tendance est nettement à la baisse, avec un taux global se rapprochant de 50 %. Le taux de remplissage des retenues du Chassezac est en hausse et supérieur à 80 % au 1er août 2026.
En Languedoc-Roussillon, le taux de remplissage global dépasse 70 % au 1er août 2026. C'est une situation plus favorable qu'en 2022 à 2025 à la même période, autant pour les retenues en plaine qu'en altitude.
Canaux VNF :
Au niveau national, le taux de remplissage des canaux VNF est en baisse : 42 % au 1er août 2026, pour un taux moyen habituel de 63 % sur ces 10 dernières années.
Le taux de remplissage du Canal de Bourgogne versant Saône est en baisse, 60 % au 1er août contre 71 % au 1er juillet 2026. À noter : le barrage de Panthier est vidé pour travaux. La baisse est aussi marquée sur le Canal du Midi, avec un taux de remplissage de 64 % au 1er août, contre 76 % au 1er juillet 2026.
4. Hydrologie : cours d'eau, hydraulicité, fleuve Rhône
La situation des cours d'eau est contrastée à l'échelle du bassin pour ce mois de juillet 2026. Les débits moyens mensuels sont inférieurs à très inférieurs aux normales sur la moitié nord du bassin. Les débits sont historiquement bas sur la majorité des cours d'eau de Bourgogne-Franche-Comté, avec des assecs constatés sur plusieurs tronçons des affluents de la Saône. Les affluents du Rhône, du lac Léman au sud de l'Ardèche, sont en situation d'étiage sévère. La situation se dégrade progressivement sur les cours d'eau alpins, qui ont néanmoins pu bénéficier ponctuellement de précipitations orageuses.
Sur la moitié sud du bassin, les débits mensuels sont légèrement en-dessous des normales sur certains cours d'eau du delta du Rhône et du nord du Languedoc, touchés localement par les orages. Sur le reste de la région PACA, les débits sont inférieurs aux normales, voire très inférieurs sur les cours d'eau du Var. Dans le Roussillon, la situation est hétérogène, avec plusieurs cours d'eau côtiers en étiage sévère et des débits proches des normales sur certains cours d'eau de l'arrière-pays.
Fleuve Rhône :
Le mois de juillet 2026 est marqué par une situation d'étiage exceptionnellement sévère sur l'ensemble du bassin du Rhône et de la Saône. Les débits moyens mensuels sont très largement inférieurs aux moyennes historiques 1920-2026 et se situent parmi les plus faibles jamais observés pour un mois de juillet. La situation est particulièrement remarquable à Couzon sur la Saône et à Ternay, où les débits atteignent le 1er rang des plus faibles valeurs historiques, ainsi qu'à Bognes et Valence (2e rang), Beaucaire (3e rang) et Perrache (4e rang). Juillet 2026 constitue ainsi un mois d'étiage historique à l'échelle de l'ensemble du bassin du Rhône.
Coefficient d'hydraulicité du fleuve Rhône sur 12 mois, de 2020 à 2026
BOGNES | TERNAY | VALENCE | BEAUCAIRE | |
août 2020 − juillet 2021 | 1.11 | 1.09 | 1.04 | 0.97 |
août 2021 − juillet 2022 | 0.82 | 0.74 | 0.72 | 0.67 |
août 2022 − juillet 2023 | 0.92 | 0.73 | 0.70 | 0.66 |
août 2023 − juillet 2024 | 1.30 | 1.27 | 1.25 | 1.29 |
août 2024 − juillet 2025 | 0.99 | 0.92 | 0.92 | 1.00 |
août 2025 − juillet 2026 | 0.90 | 0.89 | 0.87 | 0.94 |
Source : Compagnie nationale du Rhône (CNR)
5. Situation des nappes d'eaux souterraines
La tendance reste à la baisse sur les nappes du bassin, en l'absence de pluies efficaces sur les mois de juin et juillet. Les niveaux sont modérément bas sur les nappes inertielles du Dijonnais, de la Bresse et de la Dombes, et les alluvions fluvioglaciaires du Dauphiné et de l'avant-pays savoyard. Les niveaux sont bas sur les nappes réactives du Jura
Les niveaux sont proches des normales.sur les nappes réactives des formations fluvio-glaciaires de l'est lyonnais, des calcaires de Corbières, des sables de la plaine du Roussillon, des alluvions de l'Hérault et des calcaires de Provence.
Les niveaux restent encore modérément élevés pour certaines nappes réactives des sables de Valras-Agde et des alluvions de la plaine du Roussillon, et hauts pour la nappe des formations de la Vistrenque.












