Sommaire
Ce mois d'avril 2026 est l'un des plus chaud et sec jamais enregistré sur la moitié sud du bassin, à l'exception notable de l'arrière-pays du Roussillon. Sur la moitié nord du bassin, l'ensoleillement excédentaire de près de 50 % et le déficit de précipitations de plus de 60 % ont asséché les sols et provoqué la fonte massive du manteau neigeux. L'enneigement sur les massifs alpins, excédentaire en début de mois, atteint des records bas au 1er mai 2026. Le déficit est moins marqué sur les massifs des Pyrénées-Orientales.
Les réserves sont bien reconstituées pour les canaux de navigation et les retenues de Bourgogne-Franche-Comté et du Languedoc. Les retenues alpines et pyrénéennes bénéficient de l'apport de la fonte du manteau neigeux, leur taux de remplissage global est en hausse au 1er mai 2026. En Languedoc-Roussillon, le taux de remplissage global dépasse 80 %, une situation inédite depuis 2022.
La situation des cours d'eau s'est nettement dégradée sur l'axe Saône-Rhône, le Languedoc, l'Aude et le littoral azuréen. Les débits moyens mensuels d'avril 2026 sont globalement inférieurs aux normales sur toute la moitié nord du bassin, ainsi que de l'Ardèche à l'Aude. L'hydraulicité est proche des normales des Hautes-Alpes à la basse vallée du Rhône, et supérieure aux normales pour les cours d'eau des Pyrénées-Orientales.
Le déficit significatif de précipitations efficaces pour ce mois d'avril 2026 a amorcé ou accéléré la phase de vidange pour les nappes réactives du nord du bassin et du pourtour méditerranéen. Au 1er mai 2026, les niveaux restent globalement proches des normales, voire modérément hauts, pour les nappes de la vallée du Rhône, des vallées alpines et du Languedoc. Une sortie de crise pourrait se confirmer sur le secteur du Roussillon, durement touché par les épisodes de sécheresse successifs des 3 années précédentes.
1. Point météorologique : précipitations, humidité des sols, températures, neige
Pluviométrie mensuelle
Le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin est de 32 mm, soit un déficit de 64 % par rapport à la normale 1991-2020. Ce mois d'avril 2026 se place au 6ème rang des cumuls les plus faibles depuis 1959, avec seulement 2 à 6 jours de pluie. Le déficit est compris entre 25 % et 70 % sur la Bourgogne-Franche-Comté, et du nord de l'Ain au sud de l'Ardèche. Il atteint 75 à 90 % sur les Alpes du Nord et l'est de la Drôme.
Sur le sud du bassin, la situation pluviométrique très déficitaire contraste nettement avec les cumuls excédentaires des mois précédents. Le mois d'avril 2026 se classe au 2e rang des cumuls les plus faibles depuis 1959 sur la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Sur le département du Var, il s'agit du mois d'avril le moins arrosé depuis le début des mesures. Aucun jour de pluie n'a été observé à Cannes et Nice dans les Alpes-Maritimes. Les précipitations sont déficitaires de 50 à localement 90 % sur le Languedoc et le littoral du Roussillon. Une seule zone sur l'entièreté du bassin, située dans l'ouest des Pyrénées-Orientales et le sud-ouest de l'Aude, a recueilli des cumuls proches des normales.
Pluviométrie depuis septembre 2025
Depuis le 1er septembre 2025, le cumul de précipitations agrégées sur le nord du bassin est de 822 mm, très proche de la normale 1991-2020. Les cumuls sont proches des normales sur la quasi totalité du territoire. Ils sont excédentaires de 10 à 25 % sur le Bugey, le Diois, les Baronnies et les Cévennes ardéchoises.
Depuis le début de l'année hydrologique 2025-2026, les cumuls sont excédentaires de 10 à 20 % sur le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône. L'excédent atteint 25 à 50 % sur le Roussillon et l'Hérault, ainsi que sur l'ouest du Var. Les cumuls sont légèrement déficitaires sur les massifs alpins frontaliers et les Alpes-maritimes.
Précipitations efficaces
Au mois d'avril 2026, le cumul de pluies efficaces agrégées sur le nord du bassin est de -33.9 mm, pour une normale de +37.6 mm, ce qui le place au 3ème rang des cumuls les plus faibles depuis 1959. Sur le sud de la Drôme-Ardèche, les cumuls sont nettement déficitaires. Depuis le mois de septembre 2025, le cumul des pluies efficaces agrégées sur le nord du bassin est de 555 mm, soit un déficit de 4,5 % par rapport à la normale. Très localement, l'excédent atteint 10 à 25 % sur le Bugey et le Diois.
Les cumuls de précipitations efficaces pour le mois d'avril 2026 sont globalement de 50 à 75 mm au-dessous de la normale de l'Hérault aux côtes niçoises. Les cumuls atteignent localement 25 à 75 mm sur l'ouest des Pyrénées-Orientales et le sud-ouest de l'Aude. Depuis le début de l'année hydrologique 2025-2026, les cumuls de précipitations efficaces sont excédentaires sur le Languedoc, le nord-est du Vaucluse, le sud-ouest du Var et le sud des Bouches-du-Rhône. L'excédent atteint 100 à 200 % sur le Roussillon et l'Hérault. Les Alpes du Sud, le nord-est du Var et localement le Gard sont déficitaires de 10 à 30 %.
Humidité des sols
Entre le 1er avril et le 1er mai 2026, les sols se sont asséchés sur l'ensemble du bassin, à l'exception de certains secteurs sur les reliefs, où l'humidité des sols a peu évolué. Au 1er mai 2026, les sols sont légèrement plus secs que la normale sur la quasi-totalité du bassin, avec un déficit un peu plus marqué de l'ordre de -40 % sur l'arrière-pays de l'Aude et de l'Hérault. Ils sont légèrement plus humides que la normale localement en Camargue ainsi que sur les massifs savoyards et pyrénéens.
Températures
Ce mois d'avril 2026 a été marqué par des températures et des écarts de températures exceptionnels à l'échelle du bassin. Il s'agit du mois d'avril le plus chaud jamais enregistré sur l'Occitanie et la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. La barre des 20 °C a été atteinte quasi quotidiennement au cours du mois sur le pourtour méditerranéen. Le seuil de fortes chaleurs, soit 30°C, a été atteint plusieurs jours sur le Languedoc.
Des records de températures minimales ont été battus le 1er avril : -17,9 °C à Tignes et -15,7 °C à Val d'Isère en Savoie, -7 °C à La Pesse dans le Jura et à Barcelonnette dans les Alpes-de-Haute-Provence. Des records de températures maximales ont aussi été battus les 9 et 10 avril : 28.1 °C à Canet-en-Roussillon et 30.3 °C au Boulou dans les Pyrénées-Orientales, 30.1 °C à Montarnaud et 31 °C à Moulès-et-Baucels dans l'Hérault.
Des records d'ensoleillement pour un mois d'avril ont été enregistrés : 260 heures à Chambéry en Savoie, 309 heures à Marignane dans les Bouches-du-Rhône et sur l'Île du Levant dans le Var.
L'excédent d'ensoleillement atteint 50 % par endroits sur la Bourgogne-Franche-Comté.
Enneigement
L'enneigement à moyenne altitude a régressé rapidement dès le début du mois d'avril sur la plupart des massifs des Alpes du Nord. La fonte s'est accélérée en milieu de mois, impactant le manteau neigeux à haute altitude. Au 1er mai 2026, l'équivalent en eau du manteau neigeux à partir de 1000 m d'altitude est très en-dessous des normales. L'enneigement est déficitaire à très déficitaire à moyenne altitude, et très déficitaire sur l'ensemble des massifs à 2400 m. C'est le 2eme bilan le plus faible à cette date depuis le début des mesures en 1959, à égalité avec l'année 2007 et juste derrière 2011. Depuis ce déficit record enregistré en 2011, l'enneigement au 1er mai dans les Alpes du Nord a été déficitaire, voire très déficitaire, 11 années sur 16.
Équivalent en eau du manteau neigeux (mm) au-dessus de 1000 m du 1er novembre 2025 au 1er mai 2026 dans les Alpes du Nord
Dans les Alpes du Sud, l'équivalent en eau du manteau neigeux a diminué tout au long du mois d'avril pour atteindre au 1er mai 2026 la valeur la plus basse jamais enregistrée à cette date depuis le début des mesures en 1959. Depuis le déficit record de 2007 désormais battu, l'enneigement au 1er mai dans les Alpes du Sud a été déficitaire, voire très déficitaire, 14 années sur 20. Certains massifs sont dépourvus de neige jusqu'à 3000 m, ce qui correspond habituellement à un bilan au 1er juin.
Équivalent en eau du manteau neigeux (mm) au-dessus de 1000 m du 1er novembre 2025 au 1er mai 2026 dans les Alpes du Sud
Équivalent en eau du manteau neigeux (mm) au-dessus de 1000 m au 1er mai de 1959 à 2026 dans les Alpes (Nord + Sud)
Début avril 2026, l'enneigement à 1500 m est excédentaire dans les Pyrénées-Orientales. Au-dessus de 2400 m, des hauteurs de neige de 3 à 4 m sont observées, un record absolu sur le massif du Canigou. La fonte du manteau a été régulière et conséquente tout au long du mois, avec une perte de 1,5 m d'épaisseur en moyenne. Au 1er mai 2026, le manteau neigeux est absent à 1500 m, il résiste au-dessus de 1800 m en versant nord et à plus de 2000 à 2400 m en versant sud.
Équivalent en eau du manteau neigeux (mm) au-dessus de 1000 m du 1er novembre 2025 au 1er mai 2026 dans les Pyrénées-Orientales
Massif central, Vosges et Jura
Il ne reste que quelques plaques de neige sur les plus hauts points des massifs de moyenne montagne au 1er mai 2026.
2. Situation des retenues d'eau
En Franche-Comté, le taux de remplissage de la retenue de Vouglans reste stable et supérieur à 60 % au 1er mai 2026.
Les retenues alpines bénéficient de l'apport de la fonte du manteau neigeux. Le taux de remplissage global est en hausse au 1er mai 2026. Il reste en-dessous de 50 % dans les Alpes du Nord, mais dépasse désormais 70 % dans les Alpes du Sud. À noter : le barrage de la Girotte en Savoie est en travaux.
La tendance est à la hausse pour les retenues de Montpezat, avec un taux de remplissage global supérieur à 40 % au 1er mai 2026. Le taux de remplissage des retenues du Chassezac reste inférieur à 50 %.
En Languedoc-Roussillon, le taux de remplissage global dépasse 80 % au 1er mai 2026, une situation inédite depuis 2022. La fonte rapide du manteau neigeux a alimenté les retenues d'altitude du Roussillon tout au long du mois.
Canaux VNF :
Au niveau national, le taux de remplissage des canaux VNF est en légère baisse : 84 % au 1er mai 2026, pour un taux moyen habituel de 88 % sur ces 10 dernières années.
Le taux de remplissage du Canal de Bourgogne versant Saône est de 90 % au 1er mai 2026. À noter : le barrage de Panthier est en travaux. La situation reste stable et similaire à celle de 2024 et 2025 pour le Canal du Midi, avec un taux de remplissage de 98 %.
3. Hydrologie : cours d'eau, hydraulicité, fleuve Rhône
La situation des cours d'eau s'est nettement dégradée sur l'axe Saône-Rhône, le Languedoc, l'Aude et le littoral azuréen. Les débits moyens mensuels d'avril 2026 sont globalement inférieurs aux normales sur toute la moitié nord du bassin, ainsi que de l'Ardèche à l'Aude. L'hydraulicité est proche des normales des Hautes-Alpes à la basse vallée du Rhône.
Les débits moyens mensuels restent supérieurs aux normales sur les cours d'eau des Pyrénées-Orientales.
Fleuve Rhône :
À l'image du mois de mars, les débits observés en avril 2026 restent sous la moyenne historique 1920-2026 sur l'ensemble des stations du Rhône. Le déficit est plus prononcé à la station de Couzon sur la Saône, juste avant son embouchure. Les coefficients d'hydraulicité mensuels, compris entre 0,57 et 0,83, traduisent un mois modérément sec.
Coefficient d'hydraulicité du fleuve Rhône sur 12 mois, de 2020 à 2026
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BOGNES |
TERNAY |
VALENCE |
BEAUCAIRE |
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mai 2020 − avril 2021 |
0.99 |
0.89 |
0.8 7 |
0.8 4 |
|
mai 2021 − avril 2022 |
1.00 |
0.9 9 |
0.9 6 |
0.8 9 |
|
mai 2022 − avril 2023 |
0.87 |
0.6 9 |
0.65 |
0.61 |
|
mai 2023 − avril 2024 |
1.18 |
1. 11 |
1. 11 |
1. 13 |
|
mai 2024 - avril 2025 |
1.1 3 |
1. 07 |
1. 07 |
1. 15 |
|
mai 2025 - avril 2026 |
0.9 3 |
0.9 2 |
0.89 |
0.9 6 |
Source : Compagnie nationale du Rhône (CNR)
4. Situation des nappes d'eaux souterraines
Le déficit significatif de précipitations efficaces pour ce mois d'avril 2026 a accéléré la phase de vidange, amorcée le mois précédent, pour les nappes les plus réactives du nord du bassin. La tendance globale est désormais à la baisse pour les nappes réactives de l'axe Saône-Rhône et du pourtour méditerranéen. Les niveaux demeurent stables localement sur les nappes des alluvions des vallées alpines et des sables astiens de Valras-Agde.
Après une période de recharge particulièrement efficace qui aura duré jusqu'à début avril 2026, les niveaux restent élevés pour les nappes alluviales de l'Aude, de la plaine du Roussillon et de la Vistrenque. La sortie de crise pourrait se confirmer pour ce secteur, durement touché par les épisodes de sécheresse successifs des 3 années précédentes.
Les niveaux au 1er mai 2026 sont proches des normales sur les autres nappes réactives du bassin. La situation est cependant moins favorable qu'en 2025 à la même période sur les nappes de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.
Les tendances restent stables ou à la hausse pour les nappes les plus inertielles. Les niveaux sont globalement proches des normales, voire modérément hauts pour les nappes alluviales fluvio-glaciaires de l'est lyonnais et de l'avant-pays savoyard.
5. Mesures d'anticipation et de restriction des usages de l'eau
Au 1er mai 2026, 2 départements du bassin Rhône-Méditerranée sont concernés par des mesures de restriction des usages de l'eau. Seul le département des Pyrénées-Orientales conserve un secteur avec des mesures de restriction de niveau crise.
Il faut remonter au 1er mai 2022 pour retrouver sur le bassin une situation avec aussi peu de départements concernés par des mesures de restriction. Cette année-là, la sécheresse exceptionnelle avait débuté courant mai.
Restrictions eaux superficielles
Restrictions eaux souterraines



















